Sakshi Pokhari :: The pond of the witness

 
 
 

Hommage mondial à Celle qui fut Magique

The Great MotherCe 26 Février 2011 en Italie, une foule silencieuse venue des quatre coins du monde s’aligne le long d’une petite route dans une vallée perdue des collines liguriennes. Le ciel est gris, la neige s’accroche aux pentes décolorées. Le convoi funèbre passe. Les gens lancent des pétales de roses. Ils sont venus pour rendre les derniers hommages à une personne qu’ils considèrent comme un Maître de l’évolution spirituelle au début tumultueux de ce troisième millénaire.

Shri Mataji Nirmala Devi Shrivastava a quitté ce monde le 23 Février dans un hôpital de Gène après une période de silence qui dura quelques années. Les journaux indiens, ce jour là, firent état de rapports qui leur parvenaient, sans liens apparents avec cet événement. Des fidèles ébahis virent des larmes perler sur les statues des divinités de Shri Ganesha et de Shri Hanuman.

Bien des choses avaient évoluées depuis la date de sa naissance, et ses disciples attribuent à sa vision et son ministère la possibilité d’un grand changement pour le mieux dont ils bénéficient dans leur vie de tous les jours.

Shri Mataji ou “la Grande Mere” est née le 21 Mars 1923 a Chindwara, la fille d’un avocat respecté, monsieur P.K.Salve, qui mena le combat pour la libération de l’Inde aux cotés du Mahatma Gandhi. Durant la première partie de sa vie elle s’impliqua également pour cette cause, étudia la médecine et après son mariage, se dévoua à sa famille.

Cependant, à l’insu de tous et dans l’intimité d’une profondeur insondable, elle déchiffra avec ses pouvoirs de yoga l’itinéraire intérieur qui allait permettre une autre libération. Elle testa l’instrument (tantra) par lequel les chercheurs de la réalité allaient pouvoir libérer une plus haute énergie -conscience liée au potentiel jusqu’alors peu connu de la région limbique du cerveau. Des érudits s’emploieront dans le futur a décrire comment ses enseignements couvrirent une gnose universelle, comment Elle parcouru sans trêves les continents, partageant le don précieux qu’Elle mit a portée de ceux qui le désiraient: l’éveil de l’énergie résiduelle connue sous le nom de Kundalini qui est normalement lovée à l’état dormant dans l’os sacrum. Des centaines de milliers de personnes allaient enregistrer par leur système nerveux central l’impact bénéfique de cette transformation.

J’ai rencontré Shri Mataji en Août 1975 dans une petite ville du Surrey, près de Londres, ou elle vivait avec son mari, Mr CP Shrivastava, qui servait les Nations Unies avec distinction comme secrétaire général de l’Organisation Maritime Internationale. Elle répondit au barrage de questions de l’étudiant de vingt cinq ans que j’étais par la méditation, l’immersion dans l’ampleur d’un silence cosmique que je n’aurais pu imaginer, et, finalement, par l’expérience inouïe de l’ambroisie (amrit) décrite dans les textes sanskrits millénaires, un flot de béatitude liquide émergeant du sommet de mon crâne qui se répand dans tous mes membres.

Qui peut bien faire advenir de tels moments? Quel Maître peut noyer les rumeurs d’une tête agitée dans un océan de bien être intense, une marée de joyeuse placidité? Depuis ce jour, acceptant en toute honnêteté la force de mes expériences, j’ai eu l’honneur de la reconnaître comme un Avatar, la manifestation bénévole du très haut pouvoir.

Je me souviens de Shri Mataji à Riffelberg, en face du Cervin, expliquant que le Cervin est une montagne sacrée et nous apprenant donc à en percevoir les vibrations. Ou bien annonçant en Normandie, au château de Mesniere, la dimension transcendante des temps nouveaux. Shri Mataji a sans cesse ravivé l’onde spirituelle des lieux qu’Elle a visité. Elle a conseillé. Elle a consolé. Elle a sauvé. Elle se dépensa sans compter afin que ceux qui La trouvèrent puissent expérimenter la réalisation du Soi. Elle le fit avec une telle générosité et une telle compassion qu’une flamme de gratitude éternelle brûle aujourd’hui dans bon nombre de cœurs.

CG Jung qui écrivit sur la Kundalini eut tant aimé la manière magique dont Elle relia les grands archétypes du panthéon Hindou avec les propriétés de notre psychisme ou avec d’autres grandes traditions religieuses et morales. L’établissement des liens vivants que tisse son enseignement est l’antidote à la stupidité du fondamentalisme. Ces correspondances démantèlent les citadelles des bigots et offrent une base réelle pour un respect et une paix vécus dans l’intégration transculturelle. Elle montre comment la diversité renoue avec l’unité.

Ceux qui l’ont connu sont aujourd’hui sans voix pour expliquer la subtilité de son enseignement mais Elle a laissé pour tout le monde une méthode d’ « union spontanée » (sahaja yoga) qu’il leur est loisible d’exploiter. Peut être parce qu’Elle est une femme, Shri Mataji cultivait le sens pratique et Elle savait que pour faire la différence dans nos vies, la spiritualité doit être pratiquée de façon à apporter des bénéfices tangibles dans la vie quotidienne de monsieur ou madame tout le monde. Et il en fut ainsi.

Le temple où Elle repose en Inde deviendra une destination de pèlerins reconnaissants pour les ages à venir. A une époque où les faux prophètes et gurus de pacotille ont transformé les terroirs de la religion en bazars lucratifs, Shri Mataji, fidèle à la tradition de Gandhi, a mis un accent énorme sur la nécessité de l’éthique. Personne n’a fait plus qu’Elle pour manifester l’importance profonde de ce que l’Inde authentique peut partager avec le reste du monde.

Alors que j’écris ces lignes, ceux qu’Elle a aimés ressentent cruellement dans le monde entier le vide immense qui accompagne son départ. Mais ils ne pourront porter longtemps son deuil car Elle leur a laissé une telle abondance de bénédictions qu’ils retrouveront la saveur de leur joie en les partageant avec autrui.

Grégoire de Kalbermatten

L’auteur de cet article fut un diplomate, un fonctionnaire des Nations Unies et l’auteur d’ouvrages divers, en rapport avec la vie et l’oeuvre de Shri Mataji Nirmala Devi.

 
 

 


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